Les accointances du nazisme avec l’écologie [1/5]

FEUILLETON [1/5] – Rien ne paraît plus innocent que l’amour de la gente volatile. Mais alors comment expliquer que la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) en Allemagne fêta l’arrivée de Hitler au pouvoir en janvier 1933 ? Dans son rapport d’activité pour cette année fatidique, la LPO, en effet, écrit : « Un miracle est arrivé […] L’Allemagne s’est ressaisie… Joyeusement, nous sommes derrière le Führer, nous engageant à utiliser toute notre force pour atteindre son objectif élevé. » C’est sous le IIIe Reich du reste que la LPO connut une hausse spectaculaire du nombre de ses membres, qui atteint 55000 en 1941, contre 30000 avant l’arrivée de Hitler au pouvoir, soit une augmentation de 83%. D’autres organisations travaillant sous la bannière de la protection de la nature accueillirent elles aussi avec enthousiasme la nomination du nouveau chancelier allemand.

A l’heure où l’écologie s’impose de plus en plus comme une force politique majeure dans notre pays, n’est-il pas temps de retourner sur un passé vert qui ne passe pas ?

1. Le « Siècle Vert » a commencé en 1933.

Régis Debray, dans son court et brillant essai, Le siècle Vert[1], résume l’histoire de l’écologie en trois étapes :
1.1866 : naissance d’une discipline scientifique, l’Ökologie, grâce à un certain Haeckel
2. 1968 : transformation d’une science en idéologie, symbole d’une contre-culture rebelle et contestataire
3. Années 2000 : transformation d’une contre-culture en dogme officiel, et d’une discipline garde-fou en litanie cache-misère.

Dunque : entre 1866 et 1968, rien à signaler !

Notre « médiologue »[2] national a tout-à-fait raison d’attribuer la naissance de l’écologie au biologiste allemand Ernst Haeckel (1834-1919), comme nous allons le vérifier. Mais ensuite, Debray fait l’impasse sur la première incarnation politique et pratique de l’Ökologie, à savoir le régime nazi. Impasse d’autant plus étonnante que cette incarnation, même si elle est le plus souvent occultée, a été remarquée il y a presque trente ans par Luc Ferry dans un essai intitulé Le nouvel ordre écologique[3], où il consacre tout un chapitre à « L’écologie nazie » (sic). Au début des années 1990, les écolos étaient encore considérés en France comme des rigolos, et l’on pouvait taper dessus sans grand risque.

Qui donc était ce Haeckel, l’inventeur de l’écologie ? Ce professeur de zoologie à l’Université de Iéna a fait connaître en Allemagne Darwin et le darwinisme sous sa pire version sociale.  Dans Morphologie générale, publiée en 1866, Haeckel introduit l’Ecologie, comme une nouvelle discipline scientifique. Après la publication de Religion et Science, (1899), il devient pour ses disciples le plus grand théologien que la terre ait portée, leur « Christ d’aujourd’hui », leur « Dieu nordique ». L’ouvrage fut un best-seller en Allemagne (100.000 exemplaires vendus la première année), traduit en 25 langues. En 1933, le tirage atteint 500.000 copies pour la seule Allemagne. Haeckel prétendait que la différence entre un Allemand et un Noir était plus grande qu’entre un mouton et une chèvre… En 1891, Haeckel participe à la fondation de la Ligue Pangermanique, ultra-nationaliste et antisémite. Pas étonnant que l’on trouve dans Mein Kampf des paragraphes entiers qui sont des plagiats de Haeckel.

En 1934, pour les cérémonies du 100ème anniversaire de la naissance de Haeckel, le zoologue Victor Franz, proclama que le darwinisme était un trésor intellectuel pour le IIIe Reich, tandis qu’un de ses collègues, Gerhard Heberer, membre de la SS, intronisa l’inventeur de l’Ökologie comme « prophète du national-socialisme ». Alfred Rosenberg, lui-même, le grand idéologue du nazisme, reconnut publiquement sa dette envers Haeckel.

De fait, dès la première année de son règne, Hitler a mis en place une impressionnante réglementation  d’inspiration écologique  dans le domaine de la protection des animaux,.  « Dans le nouveau Reich, il ne devra plus y avoir de place pour la cruauté envers les bêtes », déclare-t-il dans un de ses discours pour introduire la première législation écologique de l’Histoire, adoptée dès 1933.

[1] Régis Debray, Le siècle vert, , Un changement de civilisation, Tracts Gallimard
[2] Debray se targue d’être l’inventeur de la Médiologie, étude de la technologie et de la transformation de l’information.
[3] Luc Ferry, Le nouvel ordre écologique, L’arbre, l’animal et l’homme, Biblio essais, Grasset & Fasquelle, 1992.