un pas (de plus) vers le tourisme spatial

Un grand pas pour le tourisme spatial. Après le milliardaire britannique Richard Branson, qui s’est envolé la semaine dernière pour quelques minutes à la frontière de l’espace, c’est au tour de Jeff Bezos, l’homme le plus riche du monde, ex-patron du groupe Amazon, d’aller visiter le grand vide à bord de son vaisseau New Shepard, développé par sa société Blue Origin. Le décollage aura lieu à 15 heures, heure française, depuis un site isolé dans le désert occidental du Texas, retransmis en direct sur BlueOrigin.com.

Pour ce voyage, l’homme d’affaires s’est entouré d’un équipage atypique, avec à bord du vaisseau la personne la plus âgée et la plus jeune jamais vues pour un vol spatial : Wally Funk, 82 ans et pionnière de l’aviation, puis un jeune Néerlandais de 18 ans, Oliver Daemen, qui a payé sa place et gagné son siège après une vente aux enchères. 

Wally Funk, membre du projet d’entraînement des astronautes féminin Mercury 13, avait dû renoncer à son rêve pour cause du sexisme ambiant dans les années 1960. Elle a promis de profiter à fond de ce voyage. « Je vais tout ressentir », a-t-elle dit sur NBC, impatiente de flotter et de tourner sur elle-même en apesanteur.

Un voyage légitime ? 

Le vaisseau montera à 106 kilomètres d’altitude, au-dessus de la frontière de l’espace. Les passagers pourront détacher leur ceinture, flotter en apesanteur, pendant quelques minutes. Puis la capsule reviendra se poser de manière autonome dans le désert du Texas, freinée par 3 parachutes géants. 

L’expérience s’annonce passionnante, mais destinée aux ultras-riches, avec un billet qui coûte en moyenne 250.000 euros, explique Philippe Baptiste, président du Centre nationale d’études spatiales, qui s’interroge sur la légitimité de ses vols. « On peut aussi se questionner sur l’impact environnemental », souligne-t-il. « Le vol de Richard Branson était plutôt relativement polluant puisque c’est de la propulsion solide avec pas mal d’émissions de CO2 et de suie dans l’atmosphère. Celui de Jeff Bezos est différent car c’est essentiellement de l’hydrogène et de l’oxygène que l’on brûle, c’est-à-dire qu’on produit de l’eau. »

Pour le spécialiste, la question principale reste la régulation de ce futur tourisme, porté par des entreprises privées. « Les agences spatiales sont relativement peu impliquées dans ces rôles suborbitaux. On regarde ce que font ces milliardaires, mais l’intérêt pour nous est relativement marginal », explique le président du CNES. D’autant que des sensations similaires sont possibles avec des avions grâce à des vols paraboliques. « Tous les acteurs ont intérêt à ce qu’il y ait une forme de régulation de l’espace », assure-t-il. 

De grandes ambitions

Le tourisme spatial n’est pas la seule ambition de Jeff Bezos. Il voudrait à termes concurrencer la société Space X d’Elon Musk, et devenir le partenaire privé principal de la NASA. L’homme d’affaires voit grand. Il vise la Lune et plus loin encore. Le fondateur d’Amazon a créé Blue Origin en 2000 avec pour but, un jour, de bâtir des colonies spatiales flottantes, dotées de gravité artificielle et où des millions de personnes pourraient travailler et vivre. New Shepard, la fusée de Blue Origin, « n’est que le commencement », a lancé dimanche lors d’une conférence de presse Bob Smith, le directeur général de l’entreprise aérospatiale.

« Il faut être un peu réaliste », nuance Philippe Baptiste, président du Centre nationale d’études spatiales. « Les allers-retours sur la Lune qui ont été faits pour les Etats-Unis représentent une semaine. quand on parle d’un aller-retour sur Mars, on parle de trois ans. Cela pose un nombre de problèmes logistiques, techniques, physiologiques…Aujourd’hui on ne sait pas faire survivre quelqu’un dans cet environnement très hostile pendant très longtemps. »