Kaboul, L’Engrenage! (Par René B. NDIONE)

Notre monde va mal. La puissance est mise à rude épreuve en Afghanistan. En effet, après vingt ans de guerre au nom d’objectifs avoués ou inavoués, la superpuissance américaine est en déroute, au moins sur le plan militaire, et rentre à la maison bredouille. Les puissances étrangères européennes ne sont pas en reste. Il fallait bien s’attendre à cette reculade, car on n’impose pas à un peuple la démocratie. Soit, il va la contester, soit d’autres vont la contester de l’extérieur. On est plus à l’ère des diktats de la bonne conduite aux autres, du meilleur régime ou système politique comme au temps du discours de la Baule.

C’est vrai, le monde d’est en ouest et du nord au sud partage les idéaux de paix, de justice. N’est-ce pas Martin Luther King qui disait qu’une menace à la justice quelque part dans le monde est une menace à celle-ci partout dans le monde ?

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En effet, certaines actions et réactions des “superpuissances” menacent même la paix mondiale plus qu’elles ne la favorisent. On pourrait citer l’intervention en Libye pour mettre fin au règne d’un dictateur ; et pour quelle situation d’après-guerre ? Généralement, lorsqu’une coalition mondiale se dresse contre une milice ou une rébellion, se crée une réaction épidermique qui empêche la stabilité soudaine de la zone d’intervention en question (ex. Irak, Afghanistan…).

La puissance est impuissante, pour reprendre le titre de l’ouvrage (Impuissance de la Puissance) de Bertrand Badie, spécialiste des Relations Internationales. Il convient peut-être de réfléchir à d’autres paradigmes de volonté de paix durable, plutôt que de privilégier les solutions jusqu’au-boutistes. Il y a le risque d’enlisement qui est un fait de l’histoire des interventions passées. Carl Von Clausewitz dit que “la guerre est une simple continuation de la politique par d’autres moyens”.  Mais, nous rétorquons que la politique peut emprunter la voie de la démocratie alors que la guerre, non.

Aujourd’hui, la guerre conventionnelle n’est plus de mise après les expériences des deux guerres mondiales. Les guérillas ont la côte car elles sont le meilleur moyen d’user la force du plus fort puisqu’elles se basent sur une maitrise du terrain, des rouages de la guerre non conventionnelle.

En effet, les administrations américaines doivent faire face au dilemme d’aller en guerre et du retrait. Elles ont la plupart du temps subi des critiques de leur propre opinion publique intérieure et du monde. Chaque administration qui passe laisse à la précédente cette patate chaude de retirer les troupes ou d’engager une nouvelle guerre.  La théorie selon laquelle il faut se créer des ennemis (cf. Pierre Conesa), est bien le lit de la politique sécuritaire américaine. La réalité du moment commande plus que la promesse de campagne électorale.

Aujourd’hui, la situation qui prévaut en Afghanistan nous pousse à nous interroger: fallait-il se retirer du pays plus tôt ou plus tard? Il me semble que les administrations américaines de ces vingt dernières années avaient besoin de temps pour se convaincre qu’elles étaient dans une voie sans issue, une impasse. Il faut le souligner: on laisse à l’Afghanistan la même situation que celle créée en Libye, un pays en lambeaux et désarticulé. Les groupes terroristes, notamment l’Etat Islamique, tenteront d’y élire domicile et d’y créer un scénario de chaos, au grand malheur de la population afghane qui n’a qu’une seule option fuir vers les pays voisins et au delà des frontières immédiates.

En tous les cas, le Conseil de Sécurité des Nations ne saurait tarder de réfléchir autour d’un plan de sortie de crise en Afghanistan non assujetti à la vision d’une quelconque puissance. Cela endiguerait la possibilité de reproduction d’une Libye bis. Pour conclure, les inquiétudes sont bien grandes autour de l’Afghanistan.

René B. NDIONE est Chroniqueur et Analyste Politique.

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