Le prix de certains produits a commencé à grimper dans les rayons

DÉCRYPTAGE – La farine et les pâtes sont un peu plus chers, surtout sur les produits premier prix. L’inflation devrait s’accentuer dans les mois à venir.

L’envolée du cours des matières premières est désormais perceptible en rayon. En octobre, le prix des pâtes et de la farine a commencé à monter. Les fabricants de spaghettis et autres coquillettes avaient alerté cet été sur l’impact inéluctable de l’envolée du cours du blé dur sur le prix des denrées qu’ils fabriquent. Quelques mois de pression des industriels sur les distributeurs plus tard, le résultat est là: en octobre, le prix des pâtes a grimpé de 1,77 % par rapport à octobre 2020, selon l’institut IRI, qui épluche les tickets de caisse. C’est une première depuis dix ans. La hausse est particulièrement forte sur les références les moins chères: le prix des pâtes de marque de distributeur est en hausse de 7,86 % sur un an et celui des paquets premier prix de 25,17 %. La farine s’est renchérie de respectivement 0,84 % et de 3,58 %. Tous produits confondus, les étiquettes premiers prix progressent de 0,85 %.

La France est encore bien loin des États-Unis, de l’Angleterre ou de l’Allemagne, où l’on observe cet automne des hausses moyennes de 4 à 5 % sur un an sur les produits alimentaires. La tendance globale y est encore à la baisse des prix, de 0,49 %. Mais les hausses déjà constatées sur certains produits sont amenées à s’amplifier. Michel-Édouard Leclerc, le président de l’association des centres E.Leclerc, prévoit dès novembre «une sacrée hausse de prix sur les articles alimentaires et non alimentaires». Sur Twitter, il anticipe «une inflation mensuelle de 4 % sur les pâtes, l’huile et le chocolat», particulièrement touchés par la flambée des prix des matières premières. «Cette tendance inflationniste devrait aller crescendo, avec une hausse plus sensible début 2022», confirme Emily Mayer, directrice chez IRI. C’est aussi ce que prévoit Alexandre Bompard, le PDG de Carrefour. Sur Franceinfo, il a fait part de ses «inquiétudes pour la suite, notamment en 2022».

Éviter de faire fuir les clients

Enseignes et fournisseurs négocient en ce moment même leurs tarifs pour l’an prochain. Les seconds espèrent parvenir à répercuter davantage la hausse des coûts qu’ils subissent. Beaucoup ont déjà envoyé des conditions générales de vente qui intègrent des hausses de prix. La nouvelle loi Egalim 2, qui s’applique aux négociations en cours et vise à mieux rémunérer les agriculteurs, devrait favoriser une hausse des étiquettes.

Si la totalité des hausses de coûts que subissent les industriels (matières premières, transport, emballages…) était répercutée par les distributeurs, le panier moyen flamberait de 4,7 % en moyenne, a calculé Nielsen, soit 1,80 euro. Selon les produits, l’inflation varierait de 2 % à 23 %. Le papier hygiénique (+10% à +23 % selon les références), l’huile (+7% à +16 %), le café (+3% à +15 %) ou encore les pâtes (+5% à +12 %) seraient les plus touchés. Mais un tel scénario reste théorique: industriels et distributeurs ont tout intérêt à absorber une partie des hausses de coût pour éviter de faire fuir les clients. «Je ne vais pas répercuter des hausses qui se traduiraient par des tickets de caisse qui s’envolent», a par exemple promis Alexandre Bompard. «Les distributeurs ont des marges de manœuvre pour pratiquer de la péréquation entre les rayons, rappelle le ministère de l’Agriculture. Et ils ne prendront pas le risque d’induire de trop forte augmentation.»