Dans les magasins de jouets, les cartes Pokemon vendues au compte-gouttes

Face à l’attrait des enfants et l’intérêt des adultes qui les revendent à prix d’or, les enseignes de jouets s’organisent.

Charlie attend avec impatience son cadeau. Sous le sapin, elle espère découvrir des cartes Pokemon qu’elle s’échange avec ses amis dans la cour de récréation. Mais les trouver n’est pas un jeu d’enfant. Dans les rayons de la Grand Récré, aucune trace des «booster», le nom donné au paquet qui renferme dix cartes. Pour espérer en obtenir un, il faut se rendre directement en caisse. Et le nombre est limité, pas plus d’un par personne.

Depuis sa création en 1996, la franchise Pokemon traverse les âges et les générations d’enfants, mais pas seulement. Depuis près d’un an, les adultes aussi vouent un grand intérêt à ces cartes. Sur internet, certaines s’échangent à prix d’or. Le nombre de ventes sur eBay a augmenté de 574% entre 2019 et 2020 avec un record de prix atteint par une carte Dracaufeu de la première édition vendue à 418.000 euros en février 2021. Au-delà de ces éditions rares, les «booster» achetés moins de dix euros en boutique se sont parfois retrouvés quatre ou cinq fois plus chers en ligne. Au grand désarroi des enseignes de jouets comme JouéClub qui a constaté que certains clients n’hésitaient pas à dévaliser les rayons dans ce but. En juin dernier, les ventes de cartes Pokemon en ainsi registré une hausse de 160% dans ses magasins.

Pour éviter que leurs plus jeunes clients trouvent les étals vides, la Grande Récré a donc décidé dès le mois de juin de charger les vendeurs en caisse de délivrer les précieuses cartes et d’en limiter le nombre vendu par personne. «Le fournisseur n’en distribuant qu’un certain nombre, si nous recevons 15 paquets par jour et que nous les vendons tous à un même client, nous ferons 14 déçus qui sont des enfants et ce n’est pas notre objectif», explique l’enseigne. Même stratégie chez JouéClub qui limite la vente à deux paquets par famille, en caisse également. «Même en faisant cela, les cartes sont parties très vite mais nous avons pu en vendre quasiment jusqu’à Noël», explique Franck Mathais, porte-parole de l’enseigne. «Ceux qui voulaient ces produits seulement pour spéculer dessus ont un peu râlé. Certains ont essayé de trouver des combines pour en acheter plus, mais on les démasque assez vite. Nous avons montré aux familles que nous faisions attention à nos clients», se félicite-t-il.

Créer le manque

Chaque trimestre, une nouvelle série de cartes Pokemon est commercialisée. Une fois le stock écoulé, les enfants doivent attendre la prochaine, avec impatience. Pour faire face à cette forte demande, les enseignes de jouets tentent d’en commander le plus possible auprès de leurs fournisseurs. «On les reçoit au fur et à mesure et une fois que tout a été livré on essaye toujours de se renseigner afin de savoir s’il serait possible d’en obtenir d’autres», explique Franck Mathais. En vain, l’offre reste en deçà de l’immense demande en carte Pokemon. Et pour certains, c’est une stratégie de la part de la firme comme l’explique la Fnac. «Nous essayons de satisfaire nos clients au plus juste dans le cadre d’une production limitée qui a toujours fait partie du business model des cartes Pokémon, qui est une licence intemporelle», répond-elle, précisant toutefois ne pas avoir mis en place de restriction quant au nombre de paquets de cartes vendues par personne. Pokemon «crée volontairement le manque pour entretenir l’intérêt autour de ce produit», abonde Franck Mathais.

Une stratégie payante au vu de l’engouement pour ces cartes qui ne se dément pas depuis 25 ans et qui profite aux autres produits de la marque. Les clients en quête du fameux «booster» se rabattent souvent sur un autre jouet Pokemon en cas de rupture de stock. Figurines, peluches, classeurs de cartes, accessoires… En novembre, cinq produits de la licence figuraient parmi les dix plus vendus par JouéClub. Une aubaine pour la marque et les enseignes de jouets assurées de faire recette toute l’année.