dans les rayons, de nombreux jouets manquent à l’appel

REPORTAGE – Entre les problèmes d’approvisionnement et les effets de mode, il est quasiment impossible de trouver certains produits à l’approche de Noël.

«Je suis désolé, on n’en a plus» s’excuse Patrick, avant même de savoir ce que nous recherchons. Cette phrase, le conseiller de vente chez Lego la répète toute la journée. Pourtant, à première vue, les rayons de sa boutique du village Joué Club du boulevard des Italiens (2ème arrondissement) semblent bien fournis. Mais «le camouflage est flagrant» reprend Patrick, «si vous regardez bien, vous voyez qu’il y a les mêmes références partout». En effet, ce sont exactement les mêmes boîtes de Lego qui remplissent des étalages entiers. Le vendeur désespéré nous explique qu’ils n’ont plus que les quelques modèles qui sont exposés en rayon. Leur réserve est vide.

«Début novembre, on n’avait déjà plus grand-chose» ajoute-t-il. Selon lui, ces ruptures de stock sont dues aux difficultés d’approvisionnement liées à la désorganisation du transport maritime depuis la crise du Covid-19. Le prix des containers, dans lesquels sont transportés les jouets, a fortement augmenté. Et la reprise économique n’arrange rien à la perturbation du secteur. «Ces derniers mois, les volumes des livraisons n’ont pas cessé de diminuer. Sur des commandes de 15 palettes, on en recevait 11, puis 7, jusqu’à arriver à 2 lors de la dernière livraison jeudi dernier» déplore Patrick.

«Mon petit poney, Spider-man, Bakugan»

En face de la boutique Lego, à La Maison du jouet, Guillaume est un peu moins embarrassé que son collègue. Dans sa boutique, qui regroupe les jouets pour «des enfants de 5 à 12 ans», il lui reste un peu plus de choix. «Mais il y a beaucoup de références qui manquent» reconnaît-il. «Au rayon des filles, Mon Petit Poney cartonne, je n’en ai plus. Au rayon garçon, ce sont les jouets Spider-man et les Bakugan».

Guillaume observe que la plupart des enfants ont les mêmes envies, ils veulent «les jouets à la mode». «Ce sont évidemment ceux qui se sont très vite retrouvés en rupture de stock, alors on essaye d’orienter les enfants vers des jouets ressemblants» raconte-t-il. «Mais quand ils désirent vraiment un produit, ils vont aller le commander sur Amazon, quitte à le payer trois fois plus cher. C’est dommage» déclare-t-il. Guillaume affirme que la boutique réalise de bons chiffres à l’approche de Noël. À la caisse, la longue file d’attente de clients aux bras pleins de cadeaux en témoigne.

«C’est au niveau des livraisons que ça coince»

Au cinquième étage des Galeries Lafayette, celui destiné aux enfants, le vide de certains rayons saute aux yeux. Là encore, les Lego manquent à l’appel. «C’est au niveau des livraisons que ça coince» glisse une responsable. Elle fait part d’une anecdote, racontée par ses collègues, sur les ruptures de stock des célèbres petites briques de la marque danoise : «Les Lego ne proviennent pas de Chine, mais les sacs dans lesquels ils sont transportés, si. Et ce sont ces sacs qui ont causé des complications dans l’approvisionnement. C’est tout de même rigolo» confie-t-elle sur un ton ironique.

Certains des nombreux clients, eux, n’ont pas envie de rire. «En fait, vous n’avez plus rien ?» demande une dame venue acheter des cadeaux pour ses petits-enfants. Un vendeur, l’air un peu gêné, l’invite à se rendre dans une autre boutique, près de Châtelet Les Halles. «Il suffit de regarder, effectivement, on n’a presque plus rien» dit-il en montrant les étalages dégarnis. Un petit peu plus loin, le rayon des poupées. Celles pour s’entraîner à la coiffure sont très demandées : «J’en ai reçu quelques-unes la semaine dernière, je n’en avais plus depuis un mois» glisse une employée, «les gens m’en demandaient tous les jours». Mais tous sont unanimes, c’est une année particulière.