Marguerite Duras et Jeanne Moreau, une amitié enfiévrée sur scène dans « la Douce nuit qui parle »

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« Nul n’est seul comme un écrivain », lâche Duras, impitoyable. C’est pourtant son amitié bien réelle avec Jeanne Moreau qui est mise en scène sur la scène du théâtre de la Boutonnière, niché au coin d’une rue du 11ème arrondissement, et dont on apprécie le charme brut d’atelier reconverti, malgré la chaleur estivale. Maintes fois reportées, la pièce est enfin montée : soulagement, joie de rejouer, sentiment d’accomplissement jaillissent de la petite troupe dans l’effervescence d’une bolée de liberté retrouvée.

 

Marielle Cro s’est prise de passion pour l’amitié méconnue entre ces deux icônes, et après un travail de recherche important, a imaginé leurs conversations. Auteur d’ouvrages sur la société du spectacle et sur la mode : « Claude Montana », « Les filles du Crazy Horse », « Sanseverino » et « Lady Gaga », c’est sa première écriture pour le théâtre. La mise en scène est quant à elle orchestrée par Samy Cohen, qui a à son actif plus d’une vingtaine de pièces dont « Les Liaisons Dangereuses », « Les Trois Sœurs », « Madame Marguerite »…

 

L’intensité de la relation entre ces deux femmes, reflet de l’intensité avec laquelle elles ont vécu leur vie, fait dire à Jeanne dans la pièce que Marguerite a été sa « seule amitié fémine ». En revenant sur des moments vécus ensemble, les actrices restaurent les femmes qui avaient peut-être été étouffées sous les personnages publics, figés dans leur légende ou leur caricature : Louisa Baileche campe une Marguerite Duras charismatique, habitée et blessée. Elle revient sur sa solitude d’enfant, coincée entre une mère fragile qui l’appelait « ma petite misère », et un frère tout puissant et incontrôlable. Solange Pinturier incarne Jeanne Moreau, dont la sérénité de façade est travaillée par des insécurités ; « ça dépend des jours » répond-t-elle à la question « est-ce-que tu t’aimes ? ». 

 

Les intermèdes musicaux offrent une respiration à cet échange  : La rumba des îles mêle les voies de Jeanne et Marguerite sur une très belle musique du compositeur Carlos d’Alessio. Le Tourbillon de la vie qu’elles chantent d’une seule voix, rappelle que parfois, deux êtres se perdent de vue et se reperdent de vue, mais se retrouve, pour se réchauffer… 

 

Un beau tableau d’une amitié féminine atypique, deux caractères bien trempés qui s’entrelacent, se confient, ou s’écoutent. Les grandeurs et les misères de deux écorchées qui partagent leurs blessures, à la fois lien et frein vers l’autre. Sentiment troublant à les écouter disserter sur leur passé de mal-aimées, ou leur culpabilité de mal-aimantes, que si les blessures d’enfance forgent une destinée, elles sont aussi une prison dont il est difficile de s’évader. On ne peut s’empêcher de songer à Malraux : « Et puis, le fond de tout, c’est qu’il n’y a pas de grande personne ». Mais pour l’incarner, il y a bien de grandes actrices.

 

Une pièce à retrouver dès aujourd’hui et jusqu’au 23 juin au Théâtre de la Boutonnière, 25 rue Popincourt – 75011, Paris. Les réprensentations ont lieu le jeudi, vendredi et samedi à 20h et le dimanche à 16h30.

Prix des places : 22,00 €

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