« Une histoire d’amour » bouleversante, Alexis Michalik entre rire et larmes

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THEATRE – Tout commence en chanson : « Et pourtant je n’aime que toi… » Sans qu’on comprenne encore la place de la chanson d’Aznavour… « Une histoire d’amour », un titre simple, la promesse d’une pièce légère et romantique ? Improbable, une histoire d’amour sans complication, surtout lorsque celle-ci est imaginée par Alexis Michalik, l’enfant prodige du théâtre français. Auteur, metteur en scène, il est même remonté sur les planches pour la pièce, du moins la première saison. Pour ce nouveau cycle, deux équipes se partagent les représentations.

L’histoire démarre dans une certaine légèreté : une rencontre entre deux femmes qui se transforme vite en une aventure passionnelle. Justine est pétillante et vive, Katia est plus angoissée, marquée par des blessures d’enfance qu’elle tente de dissimuler sous une certaine froideur caustique. De cet amour naît un désir d’enfant, gage éternel de leur union. Jusque-là c’est une jolie histoire d’amour, mais qui peine un peu à démarrer malgré les effets de la « patte Michalik » : narration enlevée, obsession du rythme, transitions « in vivo » avec les changements de décor faits par les acteurs, qui jouent chacun plusieurs rôles, du vrai théâtre de troupe… Les habitués apprécieront, les novices découvriront avec délice, même si c’est un ton plus sobre que certaines de ses mises en scène virtuoses.

L’amour dure trois ans… Le drame arrive et la tension monte d’un cran : la belle histoire se fissure, tant et si bien que Justine abandonne sa compagne quelques jours avant l’accouchement de Katia. Nous voilà projetés douze ans plus tard : de cette histoire d’amour, il ne reste que leur fille Jeanne, très justement interprétée par Victoire Brunelle-Remy. On apprend progressivement toute la série de drames qui ont émaillé cette ellipse. Les dialogues vifs et piquants, viennent égayer ces thématiques sombres. L’humour cinglant des personnages – notamment celui de William le frère de Katia, auteur à succès qui ne parvient plus à écrire, confiné dans son malheur – permet de ne pas tomber dans le mélodrame. Piquant, mordant, touchant, c’est cette « politesse du désespoir » qui vient alléger la noirceur des situations, et quelques pas de danse instillent un peu de grâce dans des tableaux poignants.

 

Entre rire et larmes, nous découvrons les blessures enfouies à l’intérieur des personnages, qui les ont parfois menés à devenir ce qu’ils ont toujours voulu éviter d’être. Jusqu’où est-on déterminé par son histoire personnelle ? Est-on condamné à reproduire ses blessures ? Quelle place pour le bonheur quand on a eu plus que sa dose de malheur ? Peut-on vraiment guérir ? Et pardonner ? Être adulte, disait Goethe, c’est avoir pardonné à ses parents. Aucun des personnages ne semblent avoir dépassé ses blessures et parvenir à être vraiment adulte : « comment pourrais-je m’occuper d’un enfant alors que je ne sais même pas m’occuper de moi » lance William… Finalement, c’est peut-être Jeanne qui malgré son jeune âge, fait preuve d’une maturité époustouflante face aux malheurs qui l’accablent. C’est elle qui va se révéler une planche de salut pour son oncle. A-t-elle déjà pardonné ou garde-t-elle ses blessures enfouies ? De simple, il ne reste que le titre de la pièce. Et c’est sans jugement, sachant prendre et faire aimer ses personnages comme ils sont, qu’Alexis Michalik distille quelques pistes, effleure délicatement ces grandes questions. Et souligne à quel point l’écriture est salvatrice, chez Jeanne comme chez William – peut-être est-ce une mise en abyme, l’auteur ayant écrit cette pièce suite à une rupture ?

C’est donc en finesse que l’auteur et metteur en scène nous emmène donc dans cet amour « impossible » (et pourtant…) juste, servi par des acteurs remarquables, précis et habités. L’homosexualité de cette histoire d’amour est laissée à sa place : ni vraiment anodine, ni vraiment majeure dans l’histoire. Un parti pris qui pourra heurter ou laisser cours à différentes interprétations, mais qui est une mise en retrait derrière ses personnages assez bienvenue, sans pour autant être « dégagée » : le contexte politique est évoqué, juste assez pour ancrer dans la réalité d’une époque son histoire, mais pas trop pour ne pas alourdir d’un propos militant son récit.

Et puisqu’en France, tout finit par des chansons, la boucle se referme avec la chanson inaugurale : « Et pourtant je n’aime que toi » prend alors tout son sens…

 

« J’arracherai sans une larme, sans un cri / Les liens secrets qui déchirent ma peau / Me libérant de toi pour trouver le repos
Et pourtant, et pourtant Je marcherai vers d’autres cieux, d’autres pays
En oubliant ta cruelle froideur / Les mains pleines d’amour j’offrirai au bonheur
Et les jours, et les nuits, et la vie / De mon cœur
Et pourtant… Pourtant, je n’aime que toi… »

★★★ « Une histoire d’amour », à la Scala, jusqu’au 21 août 2021.
Avec en alternance Clément Aubert, Pauline Bression, Juliette Delacroix et Marie-Camille Soyer ou Stéphanie Caillol, Alexia Giordano, Paul Lapierre et Julia Le Faou.
Et en alternance Victoire Brunelle-Rémy, Lior Chabbat, Lila Fernandez, Elisa de Lambert et Léontine d’Oncieu

 

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