Art Basel succède à la Fiac à Paris

Coup de tonnerre dans le monde de l’art: pour renforcer son « rayonnement mondial », Paris a décidé mercredi de miser sur le géant international des foires d’art contemporain Art Basel pour succéder à la Fiac, qui exposait depuis près d’un demi-siècle dans la capitale française.

Indétrônable sur le marché de l’art mondial, la foire d’art contemporain Art Basel, propriété du groupe suisse MCH, se déroule chaque année à Bâle en Suisse, à Miami aux Etats-Unis et à Hong Kong.

Elle s’est dite « heureuse » de ce choix, dans un communiqué, souhaitant « proposer une semaine vibrante qui viendra confirmer la place de capitale culturelle qu’occupe Paris sur la scène mondiale ».

Elle avait manifesté spontanément son intérêt pour la Ville Lumière en novembre et a été retenue mercredi par le conseil d’administration de la Réunion des musées nationaux – Grand Palais (RMN-GP), suite à un appel d’offres lancé le 8 décembre, a annoncé à l’AFP la RMN-GP.

Elle succède ainsi à la Fiac, 47 ans d’existence. Son propriétaire RX-France, filiale de l’anglo-néerlandais RX, explique dans un communiqué « regretter vivement cette décision prise brutalement. Il dénonce « une procédure précipitée et biaisée » qui « impacte l’ensemble de l’écosystème lié à l’art contemporain ».

L’appel à concurrence concernait aussi l’organisation de la foire internationale d’art photographique, qui reste entre les mains de Paris Photo (24 ans), également propriété de RX-France, et « plus forte marque dans le monde du marché de la photo », a ajouté la RMN-GP.

MCH et RX devront s’engager sur une durée de sept ans, pour un coût global estimé à 10,6 millions d’euros pour la foire d’art contemporain et de 7,5 millions d’euros pour la manifestation photographique, hors frais techniques, selon l’appel d’offres.

Parmi ses soutiens financiers, Art Basel comprend l’anglo-américain James Murdoch, fils du magnat de la presse Rupert Murdoch, actionnaire à 30% du groupe MCH et « enthousiaste » face à l’arrivée de la foire à Paris, a précisé à l’AFP son directeur Monde, Marc Spiegler.

– Place des galeries françaises –

« Nous n’avons écarté personne mais choisi la candidature qui portait le mieux l’ambition de tirer parti de la singularité et de la spécificité de Paris », dit à l’AFP la RMN-GP.

La nouvelle foire d’art contemporain parisienne « ne sera pas un satellite de la foire de Bâle », assure l’opérateur culturel. Il souhaite « une marque spécifique » – dont le nom n’est pas encore fixé- et promet « une politique tarifaire maîtrisée afin que le prix des stands n’explose pas ».

Il s’agit, dit-il, de « porter une attention particulière à la place des artistes français et des galeries françaises ».

Chris Dercon, président belge polyglotte de la RMN-GP depuis 2019, rêve de faire du Grand-Palais, qui accueillera les deux événements une fois restauré, « un instrument magique, au coeur de Paris ».

Son objectif? « Travailler en lien étroit avec Art Basel », pour « créer des passerelles » entre l’art contemporain et les différentes industries culturelles comme le numérique, la mode, l’édition ou les jeux vidéo.

La « nouvelle entité française » sera administrée « par des équipes basées à Paris », et travaillera « main dans la main avec la communauté des galeries françaises », promet Art Basel.

– « Spectaculaire » –

Pour la présidente du comité des galeries d’art, Marion Papillon, l’arrivée de ce géant à Paris « chamboule le paysage des foires bien au-delà de la France, avec une concentration de grands acteurs » face à laquelle elle espère « voir se développer d’autres modèles (de salons) plus petits », dit-elle à l’AFP.

« Je suis très enthousiaste à l’idée de ce changement », commente auprès de l’AFP le galeriste David Zwirner (Paris-Londres-New York-Hong Kong). « Ceux qui participent à la Fiac depuis des années vont devoir s’ajuster mais je suis certain que l’arrivée d’Art Basel va être spectaculaire », dit-il.

La future foire internationale d’art contemporain parisienne est programmée du 20 au 23 octobre prochain et celle dédiée à la photo du 10 au 13 novembre.

Elles se tiendront en 2022 et 2023 au Grand-Palais éphémère, construit provisoirement derrière la Tour Eiffel en attendant la fin des travaux de restauration du bâtiment historique à la nef magistrale, près des Champs-Elysées, dont la réouverture est prévue en 2024.