dans la baguette à 29 centimes de Leclerc, seul le prix séduit les clients

REPORTAGE – Produit phare de l’enseigne depuis quelques jours, la baguette premier prix ne fait pas l’unanimité.

«Ça part tout seul. On a déjà fait trois chariots ce matin et le quatrième est prêt à être mis en rayon». Traoré, boulanger dans l’hypermarché E. Leclerc d’Épinay-sur-Seine en Seine-Saint-Denis, est un homme occupé. Depuis quelques jours son rayon est devenu la star de la grande distribution. En cause, le coup de communication de Michel-Édouard Leclerc, président de l’enseigne, qui a annoncé mardi 11 janvier, que sa chaîne vendrait dorénavant durant quatre mois la baguette à 29 centimes. Une déclaration qui ne cesse de faire polémique, mais qui a permis, selon l’employé, une envolée des achats par rapport aux 40 centimes de l’ancien prix. «Les ventes ont été multipliées par deux», se réjouit-il.

Une impression confirmée par les chiffres de l’enseigne. «La baguette blanche représente, selon le lieu d’implantation du magasin, entre 10 à 30 % des ventes d’un rayon boulangerie », explique Leclerc. Un bon résultat, mais la tradition reste «la plus vendue dans les Centres E. Leclerc avec un prix entre 0,75 et 0,85 euro», ajoute l’enseigne.

Les consommateurs, eux, sont nettement moins dithyrambiques sur le produit. «Je la prends pour faire du pain grillé le matin, mais c’est que du vent, ça ne convient pas pour être mangé avec du fromage ou autre», pointe Joseph, un retraité de 69 ans, une baguette dans son caddie. Même son de cloche pour Omar, 42 ans, «c’est vrai qu’une baguette, c’est cher. Surtout lorsque l’on va chez le boulanger. Mais quand je le peux je préfère payer un peu plus cher et avoir de la qualité».

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«On ne sait pas ce qu’il y a dedans»

Après avoir longuement hésité entre le premier prix et une baguette traditionnelle un peu plus chère, Nouzoud, jeune maman de 34 ans, choisit la deuxième : «je préfère manger moins et avoir plus de qualité», explique-t-elle, «et puis on ne sait pas ce qu’il y a dedans», conclut-elle. La composition, écrite au dos, laisse apparaître de nombreux éléments autres que les habituels blé, eau et levure. On trouve notamment de l’émulsifiant (E471), agent de traitement de la farine (E300), des enzymes…

Aïcha, elle, n’a pas hésité. Cette retraitée a un budget très serré et doit privilégier le moins cher : «avant je prenais des traditions, pour trois achetées , la quatrième était gratuite. Mais depuis qu’ils ont baissé le prix de la baguette, ils ont augmenté le prix des autres pains», grince-t-elle, derrière son masque. Interrogée sur ce point par le Figaro, l’enseigne n’a pas répondu.

Après la baguette à 29 centimes, une nouvelle polémique a éclaté concernant le prix des côtes de porc, vendues à moins de deux euros le kilo. Si Serge et Sylviane, 68 et 63 ans, sont passés à la baguette premier prix, ils n’ont en revanche pas confiance dans de la viande si bon marché : «à ce prix-là, on ne sait pas trop ce qu’il y a dedans», soulève Madame, «ça ne doit clairement pas être de la viande française», ajoute Monsieur. Interrogé sur le plateau de BFM Business, Michel-Edouard Leclerc a justifié ces prix, en expliquant qu’il s’agissait de « dégagement » suite aux fêtes de Noël : «à partir du moment où ils ne les ont pas vendus, les porcs font trop de gras et ça leur coûte trop cher de les garder», s’est justifié le dirigeant. Une pratique partagée « chez Système U, chez Intermarché», a-t-il ajouté. Il s’est aussi défendu d’étrangler les producteurs : «on ne sera pas le mouton noir de la loi Egalim», a-t-il conclu.