de la nouveauté mais pas du grand art!

CRITIQUE – The Batman est un film réalisé par Matt Reeves et sorti le 2 mars en France. Matt Reeves est un réalisateur, scénariste et producteur de cinéma américain essentiellement connu pour avoir réalisé le premier opus de la franchise Cloverfield et les opus 2 et 3 de la nouvelle trilogie de la saga cinématographique La Planète des singes.

Dans ce nouveau film sur le « chevalier noir », on retrouve Batman (Robert Pattinson) confronté à un mystérieux assassin qui tue des politiques et policiers et laisse à chaque meurtre une devinette ; commence donc un jeu de piste entre ces deux personnages. Le justicier de la nuit est assisté par Catwoman (Zoë Kravitz) et rencontre d’autres ennemis tels qu’Oswald Cobblepot, alias le Pingouin (Colin Farrell) et Carmine Falcone (John Turturro), parrain de la mafia. Jeune Batman, il va passer d’un vengeur masqué à un symbole de justice et d’entraide.

Le film commence par un plan fixe sur une baie vitrée, le temps est à la pluie et le spectateur voit le film à travers ce qui semble être un objectif de fusil, orienté sur le maire de Gotham City. Ce maire sera la première victime d’une longue série de meurtres orchestrée par le Riddler (Paul Dano), méchant bien connu de l’univers DC qui est spécialisé dans les devinettes et les puzzles, et place son adversaire beaucoup plus sur le terrain de la psychologie que du combat propre.

Un méchant motivé par des ambitions prosaïques et beaucoup moins effrayant que le Joker

Durant la première partie du film, on ne voit le Riddler qu’à travers un écran, il porte un masque et utilise un modificateur de voix, ce qui le rend plus menaçant. Les meurtres qu’il commet sont extrêmement violents. Toutefois, il n’est pas aussi effrayant et fou à lier que peut l’être le Joker dans The Dark Night. En effet, selon ses dires, son objectif principal est de dénoncer la corruption des policiers et des politiques qui se sont compromis avec Carmine Falcone en les assassinant un par un. Cependant, lorsqu’on le voit s’entretenir avec Batman dans la prison, l’on comprend qu’il a entrepris ces meurtres dans un but beaucoup plus vil et égoïste que ce qu’il veut montrer. Il désire se faire un nom à Gotham, car en tant qu’orphelin, il s’est toujours senti dans l’ombre de Bruce Wayne, orphelin lui aussi, mais héritier de l’empire et de l’immense fortune de sa famille. Il est donc en réalité beaucoup plus cupide et égoïste qu’il ne le prétend, puisqu’à travers ces meurtres, il veut être mis en lumière, devenir le méchant numéro un de Gotham City et enfin obtenir la reconnaissance qu’il désire tant. À l’inverse, le Joker incarné par Heath Ledger n’est pas motivé par des désirs « traditionnels » comme l’argent, le désir de reconnaissance ou la vengeance, il est en quelque sorte un nihiliste qui considère que le monde est voué à sa perte et qu’il faut tout détruire pour rebâtir un monde amoral où le bien et le mal n’existeraient plus et où seuls les plus forts et les plus fous règnent en maître. C’est justement le fait qu’il ne ressemble pas aux autres super-méchants qui le rend si imprévisible et de facto si effrayant.

Un Batman encore immature, mais bon enquêteur

Dans ce film, Matt Reeves nous présente un Batman plus sombre et torturé, mais qui manque toutefois de maturité (il est dit qu’il agit en tant que Batman depuis seulement deux ans). On a l’impression d’avoir affaire à un adolescent qui n’a jamais vraiment surmonté le meurtre de ses parents et semble uniquement motivé par la vengeance, surnom qu’on lui attribue plusieurs fois. Il semble aussi avoir du mal à interagir avec les autres et à leur faire confiance, notamment lorsqu’il s’adresse à Alfred (Andy Serkis), son majordome, et qu’il pense que son père est un meurtrier, ou quand il commence à être intime avec Catwoman mais qu’il peine à répondre à ses sentiments. Par ailleurs, c’est un Batman qui est encore en plein apprentissage et n’a pas encore conscience du symbole qu’il incarne pour les habitants de Gotham City. Quant au jeu des acteurs, Robert Pattinson maîtrise bien les scènes de combat, mais manque d’expressivité, particulièrement lorsqu’il agit en tant que Bruce Wayne. Zoë Kravitz pour sa part incarne pleinement son personnage avec son attitude féline, séductrice et espiègle, et parvient à déstabiliser Batman. 

On remarque également qu’il y a une utilisation beaucoup plus épurée des gadgets : Batman conduit une Batmobile somme toute assez banale, il fait parfois usage du grappin, mais combat surtout à main nue. En outre, on le voit souvent en infiltration sur une moto avec un sweat à capuche qui dissimule son visage, bien loin donc d’autres films où l’on voit Batman changer plusieurs fois de costumes et de gadgets, ce qui peut déplaire à certains fans de films de superhéros. On comprend ainsi que l’objectif du réalisateur n’est pas de mettre l’accent sur le Batman guerrier et adepte de gadgets ultra-high-tech, mais plutôt le Batman détective qui va résoudre une à une les devinettes et les pièges tendus par le Riddler. D’ailleurs, ce film ne fait pas partie de l’univers cinématographique DC Comics. C’est pour cette raison que le réalisateur s’affranchit un peu des codes des autres films Batman. De ce point de vue-là, le changement dans l’attitude et la mentalité de Batman est intéressant et détonne, puisqu’on voit beaucoup plus Bruce Wayne utilisant son intellect et ses connaissances pour déjouer les pièges du Riddler, que son alter ego Batman qui terrasse ses ennemis.

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Des beaux plans, mais un film trop long

Au niveau des plans, on a de très bonnes scènes d’action avec des combats impeccables et beaucoup de chassés-croisés. La scène de fin où Batman traverse les eaux pour porter les habitants et les extraire des décombres de la mairie est magnifique. L’une des rares scènes du film en journée qui symbolise la paix retrouvée dans Gotham. Néanmoins, le film dure 2 h 56 et aurait pu être plus condensé et certaines scènes raccourcies, car cela enlève du rythme au film et fait patiner l’intrigue.

Enfin, on notera tout de même que The Batman a reçu la note de 4,2 sur 5 sur AlloCiné et a dépassé les 300 millions de dollars de recettes au terme de son troisième week-end dans les salles américaines. Au niveau mondial, le film de Matt Reeves est sur le point d’atteindre les 600 millions de dollars de recette, ce qui témoigne de son succès parmi le public. Toutefois, nous pouvons nous demander si ce succès témoigne de la qualité du film ou simplement du fait qu’il s’agit d’un film Batman, qui dispose déjà d’une grande renommée. Ou encore, si le film ne bénéficie pas du contexte actuel où la plupart des pays européens ont abandonné leurs restrictions sanitaires.