Pénélope Bagieu ou la « frise » de la quarantaine

Pénélope Bagieu a 40 ans et ne le vit pas comme un moment de crise, au contraire: sa dernière bande dessinée, des fragments autobiographiques sur sa jeunesse, lui fait dire qu’elle est beaucoup plus heureuse aujourd’hui.

Elle a fêté cet anniversaire en janvier en se mettant « tout son bras droit » hors service à cause d’une mauvaise chute. Péripétie vite oubliée.

Est-ce plus douloureux d’être battue deux années de suite en finale du Grand Prix d’Angoulême, la récompense la plus prestigieuse de la BD? « Je suis arrivée au deuxième tour, déjà je trouve ça extraordinaire! Ça fait très chaud au cœur que les gens pensent à nous spontanément », dit-elle à l’AFP, après une séance de dédicaces à Angoulême.

« Et puis qu’est-ce qui nous reste après dans notre vie, si à 40 ans on a le Grand Prix?! », plaisante-t-elle.

S’aventurer sur des terrains nouveaux, visiblement. « Les Strates », publié en novembre, est présenté par son éditeur Gallimard BD comme « son premier récit autobiographique », une frise incomplète de son enfance et de son adolescence.

On aurait pensé qu’il y avait toute son existence dans le blog qui l’a rendue célèbre, transformé en livre, « Ma vie est tout à fait fascinante », ou dans la série des « Joséphine ». En vérité, pas tant que cela.

« C’était plutôt essayer de tirer d’anecdotes qui m’arrivaient, ou qui arrivaient à des amis, des situations marrantes pour en faire un dessin. Ça ne rentrait jamais dans ma vie personnelle », se souvient Pénélope Bagieu.

L’autobiographie assumée dans ce dernier ouvrage, en revanche, « ça n’avait pas vocation à être lu ». Elle concevait ces planches comme un loisir: « J’ai fait ça pendant des années entre d’autres bouquins (…) Il y a des histoires que j’ai écrites il y a dix ans. Au bout d’un moment j’en avais vraiment plein ».

– « Pas du tout nostalgique » –

Toutes évoquent des temps révolus, les années 80 et 90, sans internet ni téléphone portable. Quand la jeune fille avait un message pour sa mère, elle l’écrivait sur un post-it que celle-ci lirait à son retour. Pour parler au garçon qui lui plaisait, il fallait le demander à ses parents au bout du fil.

« Je ne suis pas du tout nostalgique de cette époque-là. Vraiment, s’il y a bien une période de ma vie que je ne regrette pas, c’est l’adolescence », prévient-elle.

Selon la dessinatrice, « courage, c’est vachement mieux après! Je le dis à tous les ados: ne pense pas que c’est ça ton horizon. C’est le moment le plus ingrat et le plus insatisfaisant de tous ».

D’ailleurs, remarque-t-elle, « ce n’est pas le plus facile à publier. Parce qu’il faut se dire que ça va aller dans les mains de tout le monde. Mes histoires de 5e 4 vont être potentiellement lues par des gens qui étaient avec moi en 5e 4 ».

Pénélope Bagieu dessinait déjà à l’époque, à 12 ans. Elle n’imaginait pas en vivre un jour.

« L’école a très bien fait son travail de m’expliquer que ce n’était pas un métier, que je n’y arriverais pas », ironise-t-elle, alors que « c’était une certitude, dans ma famille, que j’allais faire ça de ma vie. Et j’étais la seule à ne pas du tout y croire », raconte-t-elle.

« Je voulais être prof d’anglais, la seule matière où j’étais tout le temps première. Je me disais que j’aurais le temps de faire du dessin en dehors », poursuit-elle.

Rien ne s’est déroulé comme prévu. Après ses études en art, elle est devenue illustratrice. « Une libération de passer mon temps à faire ce que j’aimais, et pas en cachette pendant des cours de maths, en espérant ne pas me faire griller! ».