Permis de conduire ou code de la route, que valent les auto-écoles en ligne ?

Offres commerciales attractives, plateformes ludiques… ces sociétés font tout pour attirer les candidats, qui peuvent avoir de mauvaises surprises.

L’an dernier, le nombre d’inscriptions de candidats au permis de conduire a connu une hausse record. En tout, plus un million d’entre eux l’ont passé, dont 800.000 pour le permis B, qui concerne les voitures et les camionnettes.

Pour réduire l’addition souvent salée du permis et bénéficier d’une certaine flexibilité, certains Français choisissent pour leurs enfants ou eux-mêmes les auto-écoles en ligne. C’est pour cette dernière raison que Lucile, 23 ans, s’est inscrite sur Ornikar, l’un des leaders du marché : « J’ai commencé mes heures de conduite à Besançon, avant de déménager à Paris et de passer mon examen à Dijon. » Ornikar est présent dans 1700 villes en France, contre une trentaine pour son concurrent En Voiture Simone.

Des tarifs très compétitifs

Quelle que soit l’enseigne sur internet, les moniteurs de conduite sont des travailleurs indépendants. C’est précisément ce que reproche Patrice Bessone, le président national éducation et sécurité routière chez Mobilians (ex-CNPA) et directeur d’une auto-école «physique», en indiquant qu’il y a « une multitude de formateurs dans les auto-écoles en ligne et donc aucun suivi individualisé des clients ». Pourtant, cette abondance n’est pas forcément vue d’un mauvais œil par les candidats. « À Dijon, j’ai eu un moniteur qui débutait, il me faisait dessiner des schémas au lieu de conduire. J’en ai donc changé très simplement via la plateforme et j’aurais certainement moins osé dans une auto-école traditionnelle », mentionne Lucile.

Ces sites se parent également d’un aspect ludique pour plaire aux jeunes : ils proposent de la « gamification », en affichant un badge coloré lorsqu’une nouvelle étape est franchie. Et c’est une formule qui semble fonctionner, puisque selon Édouard Rudolf, cofondateur d’En Voiture Simone, la plateforme revendique une note de 4,87 sur 5 sur plus de 90.000 avis déposés par les clients. 2021 a été une année charnière pour le site qui a dépassé le million d’inscrits depuis sa création en 2015. En seulement sept mois, entre juin 2021 et janvier 2022, En Voiture Simone a gagné 400.000 nouvelles inscriptions. L’une des principales explications porte sur la formation gratuite au code, l’un des produits d’appel du groupe. Il suffit ainsi de payer 30 euros à l’organisme de son département pour passer l’examen, alors qu’il faut débourser près de 300 euros dans une auto-école traditionnelle pour le réviser.

Les auto-écoles en ligne proposent également des tarifs très compétitifs pour le permis de conduire. Pour 28 heures de conduite, il faut ainsi débourser environ 1000 euros, contre 1800 euros pour 30 heures en auto-école traditionnelle. Pour Benjamin Gaignault, cofondateur d’Ornikar, cela s’explique par la « suppression des charges annexes liées aux locaux et aux effets de volumes » grâce aux multiples inscriptions sur la plateforme. Lucas, le frère de Lucile, a décidé lui aussi de passer son permis en ligne. « Ornikar m’a permis de le payer moins cher, j’ai pu économiser entre 300 et 400 euros au total », indique le jeune de 19 ans.

Neuf mois pour passer l’examen à Paris

Mais si les auto-écoles en ligne semblent attractives, l’un des points noirs porte sur la difficulté à obtenir une date d’examen. Les écoles en ligne n’ont pas juridiquement le droit d’inscrire leurs clients. Ils sont donc obligés de passer le permis en candidats libres en s’inscrivant eux-mêmes auprès de leur préfecture. Les places attribuées aux auto-écoles traditionnelles sont fixes, tandis que les candidats libres se placent sur les disponibilités restantes. Les délais peuvent ainsi être considérables dans certaines villes. Lucile s’en est rendu compte au moment de s’inscrire : « Quand j’ai su qu’il fallait attendre neuf mois pour passer l’examen, j’ai préféré me rendre à Dijon, chez mes parents, où j’ai trouvé un créneau en deux semaines. »

Ce problème devrait être résolu grâce à la création du site permisdeconduire.gouv.fr par le gouvernement. Lancé au niveau national en 2020, il permet à tous les candidats de prendre rendez-vous eux-mêmes dans leur département. Ainsi, les auto-écoles traditionnelles ne seront plus prioritaires et « tout le monde sera sur un pied d’égalité », se réjouit Édouard Rudolf. Actuellement, la plateforme n’est disponible que dans 38 départements, principalement dans le sud de la France, et elle couvrira l’ensemble du territoire d’ici la fin de l’année.

Pour l’heure, il reste très difficile de mesurer le succès des auto-écoles en ligne. En 2020, sur un million de Français examinés, plus de 43.000 étaient en candidats libres. Et près de 45% d’entre eux ont obtenu un résultat positif à l’issue de leur passage. Édouard Rudolf signale que parmi ces candidats libres, « 80 à 90% proviennent d’écoles de conduite en ligne », ce qui représenterait environ 3,4% de parts du marché concernant le permis de conduire. «Ce n’est qu’une niche», souligne Patrice Bessone.