Pourquoi les prix des carburants augmentent-ils si rapidement ?

Le gazole a gagné 14 centimes en une semaine seulement.

Les prix à la pompe continuent de flamber, atteignant des niveaux historiques. Le prix moyen du sans-plomb 95 s’élève à 1,87 euro le litre, contre 1,88 euro pour le gazole, d’après le relevé hebdomadaire du ministère de la Transition écologique. Dans certaines stations services, il dépasse même les deux euros.

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Le gazole a ainsi gagné 14 centimes en une semaine seulement. Sur le pétrole brut, le baril est quant à lui passé de 98 à 122 dollars en sept jours, soit une augmentation de 24 dollars. D’après Francis Pousse, président de la branche carburant de Mobilians, «un dollar de plus sur le baril génère de 0,7 à 1 centime de hausse à la pompe». Si la hausse finale paraît dérisoire, cette différence s’explique par les taxes contenues dans le prix du carburant, où plus de la moitié concerne la fiscalité. Il s’agit notamment de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), qui représente 40% du prix payé à la pompe. Il y a aussi la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), à 20%, prélevée sur le produit pétrolier et sur le montant de la TICPE. Viennent ensuite les frais de production, de distribution, les marges réalisées par les distributeurs et enfin l’augmentation du coût du pétrole brut.

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Mais en réalité, le carburant n’est pas indexé directement sur le baril brut mais sur le «Platts». Il s’agit du gazole raffiné, sans les prix de fret, déterminé par les cotations de Rotterdam. «Au début de cette semaine, le Platts valait 1.300 dollars pour la tonne de gazole, contre 700 dollars environ fin 2021», indique Patrice Geoffron, directeur du Centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières. Ce «Platts» est déterminé en fonction du prix du baril de pétrole brut mais aussi de l’offre et de la demande. Actuellement les investisseurs achètent massivement du pétrole raffiné, faisant ainsi grimper son prix de plus de 80% en trois mois.

S’ajoute aussi le taux de change entre le dollar et l’euro. En effet, le baril brut est acheté en devise américaine, plus forte que la valeur de l’euro. À l’heure actuelle, un dollar équivaut à 92 centimes, ce qui renchérit le coût du pétrole dans l’Hexagone. Patrice Geoffron précise que «la Banque de France (qui a analysé le prix à la pompe) considère qu’au bout d’une semaine l’augmentation commence à être ressentie à la pompe, et qu’elle est complètement intégrée au bout de vingt jours».

«Le marché est très nerveux actuellement»

À noter que sur la dernière semaine, le prix du gazole a davantage augmenté que le sans-plomb 95 (14 centimes contre 7 centimes par litre). «Sur un baril de pétrole, 50% sont transformés en essence et 50% en gazole. Ce n’est pas un choix, cela dépend de la composition physique du baril, qui est inchangeable», mentionne Francis Pousse. Or, selon l’Union française des industries pétrolières, le gazole représentait plus de 77% du carburant français en 2021. Pour assouvir ses besoins, la France doit donc importer environ 30% de gazole chaque année, dont 20% proviennent de Russie. «Avec le contexte actuel, cela coûte plus cher», note l’expert de Mobilians.

Francis Pousse signale qu’il peut y avoir des écarts de plusieurs jours entre les stations : «Par exemple, dans les zones rurales, les établissements fixent les prix suivant leur stock. Ils peuvent donc varier du jour au lendemain, suivant l’arrivée des fournisseurs.» Mais d’après Olivier Gantois, il y a tout de même une bonne nouvelle : «La France ne subira pas de problème d’approvisionnement» de pétrole dans les prochaines semaines.

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